Les accoucheuses
-1: La fierté -
-2: La révolte -
-3: La déroute -

Histoire inédite des Patriotes

Le pays insoumis

Les tuques bleues

Autres roman et nouvelles

Gratien Gélinas

Marie Gérin-Lajoie

Études historiques

 

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La déroute (tome 3), Montréal, VLB éditeur, 2008 (Réédition: Paris, Pocket, 2014)

Dans la conclusion de cette généreuse saga historique, deux sages-femmes au caractère bien trempé sont confrontées à des choix ultimes et douloureux. Pendant que Léonie Montreuil désespère de réussir à assurer la pérennité d’un savoir ancien trop souvent tourné en ridicule, sa fille Flavie est prête à tout pour s’affranchir des conventions qui sont une entrave aux ambitions des femmes et à leur liberté d’action.

Des opposants déterminés, dont un outrecuidant jeune médecin, espèrent leur défaite. Le groupe des hommes de l’art, qui gagne en puissance et en autorité en ce milieu du XIXe siècle, cherche avant tout à consolider la réputation d’une science obstétricale naissante! De surcroît, la société d’alors exige de la part du « sexe faible » de réels sacrifices, sous prétexte de ne pas mettre en péril la pierre d’assise du fragile édifice social, soit la famille.

Même si les fières accoucheuses peuvent compter sur de tendres alliés, elles affrontent un ennemi aussi puissant qu’insaisissable, celui d’une opinion publique qui s’accroche à un idéal de vertu et de bienséance, celui d’une morale victorienne triomphante.

 

Sources documentaires :

Les accoucheuses : La déroute (tome 3)

Comme certaines personnes se sont interrogées sur la part de véridique dans cette fresque historique, je profite de l’occasion offerte par cette chronique pour apporter quelques précisions. Ce n’est pas la trame générale de l’époque, de même que l’état des mœurs et les événements marquants, qui est à la source de leur questionnement, mais plutôt les nombreux détails que je prends soin d’insérer dans mon récit (y compris les archaïsmes de vocabulaire) pour l’ancrer solidement dans la réalité telle que je tente, après une longue recherche, de la reconstruire.

        D’entrée de jeu, une précision : tous les personnages sont fictifs, sauf Rosalie Cadron-Jetté et Émélie Gamelin, fondatrices de communautés religieuses, Mgr Ignace Bourget, évêque de Montréal, Eugène-Hercule Trudel, médecin chez les Sœurs de Miséricorde, John Humphrey Noyes, fondateur de la communauté d’Oneida, ainsi que divers personnages à peine évoqués mais manifestement réels. Cependant, « l’habillage » de tous les personnages, quels qu’ils soient, est fortement documenté. Bien des répliques, des attitudes et des décisions m’ont été inspirées par les documents d’époque. Même fertile, mon imagination aurait eu de la misère à inventer de toute pièce le discours onctueux d’un prélat, les répliques assassines d’un médecin libéral ou la réaction violente d’un bourgeois atteint dans son honneur. Le spectacle de l’histoire est une mine d’or!

        Tout en tenant compte du caractère particulier de chaque personnage, je prends grand soin de m’assurer que leur comportement est plausible, comme j’insère leur existence dans un passé le plus proche de la réalité possible. Lorsqu’il me faut inventer pour enrichir la trame romanesque, cela reste, à mon sens, dans le domaine du vraisemblable. C’est donc ainsi qu’il faut interpréter l’Histoire telle qu’elle se retrouve dans cette série : de réels événements collectifs, lieux, mœurs et coutumes (du moins, telle que cette vérité nous parvient) dans lesquels évoluent des personnages inventés mais ancrés dans l’authenticité.

        Pour conclure sur ce sujet, je me permets de vous donner quelques exemples. Si la Société compatissante de Montréal n’a pas existé, une semblable fut en activité à Québec pendant au moins soixante ans; elle fut mon modèle. À Montréal, on trouve également la trace d’un refuge mis sur pied dans les années 1840 par un professeur de l’École de médecine et de chirurgie. Après avoir constaté ce qui se faisait en France à la Maternité Port-Royal, j’ai cru que l’École de sages-femmes de Montréal, une pure invention, cadrerait dans la logique du propos et des ambitions de Léonie. De même, les tentatives de Flavie et de Marguerite pour étudier la médecine sont calquées sur celles de quelques Américaines.

        Parfois, ce qui est pur hasard (ou peut-être intuition?) se voit confirmé d’une fort étrange façon. Le nom de famille de Léonie après son mariage, soit Montreuil, m’a été inspiré par une branche de l’arbre généalogique de mon conjoint. Plus tard, après l’écriture du premier tome, quelqu’un m’a mis sous le nez une page de l’annuaire Lovell 1845-1846 où était inscrit le nom d’une Mrs Montreuil, midwife, habitant pour sa part dans le faubourg Saint-Laurent… Je vous le jure, je n’ai pas fait exprès!

        Dans le cadre de ce troisième et dernier tome, j’ai pigé amplement dans la documentation amassée pour les deux premiers, tout en la bonifiant de diverses façons. Mon principal défi fut d’affiner ma compréhension de la communauté perfectionniste d’Oneida, ce fascinant groupement d’utopistes au sein duquel Flavie passe une année de sa vie. La source documentaire la plus précieuse fut Free Love in Utopia: John Humphrey Noyes and the Origin of the Oneida Community, une compilation de textes présentée par Lawrence Foster, et qui donne un éclairage riche et surprenant aux mœurs et coutumes, ainsi qu’à la vie quotidienne, dans la communauté. Communal Love at Oneida: a Perfectionnist Vision of Authority, Property and Sexual order, de Richard De Maria, fut également d’un grand secours, de même que Male Continence, de J. H. Noyes, et Bible Communism, signé Oneida Community.

        Pour cerner le personnage complexe du fondateur, je me suis basée principalement sur The Man Who Would Be Perfect: John Humphrey Noyes and the Utopian Impulse, de Robert David Thomas, mais également sur A Yankee Saint: John Humphrey Noyes and the Oneida Community, de Robert Allerton Parker. Les témoignages des membres ont été glanés dans tous les ouvrages consultés, mais plusieurs de ces derniers s’y consacrent en totalité : Special Love/Special Sex: an Oneida Community Diary et Desire and Duty at Oneida: Tirzah Miller’s Intimate Memoir, tous deux présentés par Robert S. Fogarty ; My Father’s House: An Oneida Boyhood, de Pierrepont Noyes ; The Oneida Community: A Record, de Allan Estlake. Enfin, les arguments des pourfendeurs de cette hérésie m’ont été soufflés par le pasteur Hubbard Eastman, dans son livre Noyesism Unveiled.

        Pour replacer cette communauté perfectionniste au sein de l’histoire plus globale de la ferveur religieuse américaine et de l’agitation sociale à cette époque, plusieurs livres m’ont été utiles : Religion and Sexuality: Three American Communal Experiments of the Nineteenth Century et Women, Family and Utopia: Communal Experiments of the Shakers, the Oneida Community and the Mormons, tous deux de Lawrence Foster ; Ordered Love: Sex roles and Sexuality in Victorian Utopias: the Shakers, the Mormons and the Oneida Community, de Louis J. Kern ; The Burned-Over District : The Social and Intellectual History of Enthusiastic Religion in Western New York, 1800-1850, de Whitney R. Cross; The Disappointed, sous la direction de Jonathan M. Butler et Ronald M. Numbers./p>

        Puisqu’il me fallait polir mes connaissances (et ce n’est pas encore fini !) au sujet de la religion catholique telle que vécue au Bas-Canada, je me suis plongée dans La spiritualité de Mgr Bourget de 1850 à 1860, mémoire de maîtrise de Benoît Caron, de même que dans un vaste et fascinant traité, Des eunuques pour le royaume de Dieu, de Uta Ranke-Heinemann. Enfin, les grandes lignes du puritanisme américain sont esquissées dans The Puritan Experiment, de Francis J. Bremer.

        En terme de recherche documentaire d’envergure, la question de l’épidémie de choléra de 1854 vient tout juste derrière les perfectionnistes d’Oneida. Plusieurs livres ambitieux ont été fort appréciés : A Darkened House : Cholera in Nineteenth-Century Canada, de Geoffrey Bilson ; Histoire du choléra en France, 1832-1854: une peur bleue, de Patrice Bordelais et Jean-Yves Raulot ; King Cholera: The Biography of a Disease, de Norman Longmate ; The Cholera Years, de Charles Rosenberg ; Peurs et terreurs face à la contagion: choléra, tuberculose, syphilis, XIXe – XXe siècles, sous la direction de Jean-Pierre Bardet.

        Concernant spécifiquement l’année en question, j’ai pigé dans Report of the Central Board of Health, signé par le Central Board of Health of Canada, de même que dans History and Observations on Asiatic Cholera in Brooklyn, N. Y., in 1854, de Joseph C. Hutchison. Deux traités médicaux signés par des médecins montréalais de l’époque m’ont été d’une valeur inestimable pour déterminer non seulement le traitement à appliquer lors de l’attaque que subit Simon, le père de Flavie, mais aussi les croyances, les peurs et les médications fantaisistes concernant cette affliction : principalement Asiatic Cholera, de Robert Nelson, mais aussi Notions pratiques sur le choléra, de Wolfred Nelson.

        Une série d’articles m’a tenue renseignée au sujet des découvertes du médecin anglais John Snow : « A Rivalry of Foulness : Official and Unofficial Investigations of the London Cholera Epidemic of 1854 », de Nigel Paneth, American Journal of Public Health, 1998, 88 ; « Commentary: Behind the Broad Street Pump: Aetiology, Epidemiology and Prevention of Cholera in Mid-19th Century Britain », de George Davey Smith, International Journal of Epidemiology, 2002, 31; « Assessing the Contributions of John Snow to Epidemiology », de Nigel Paneth, Epidemiology, sept. 2004, vol. 15, no 5; « John Snow, MD: Anaesthetist to the Queen of England and Pionner Epidemiologist », de Michael A. E. Ramsay, Baylor University Medical Center Proceedings, 2006, 19; « Pioneers in Infection Control: John Snow, Henry Whitehead, the Broad Street Pump, and the Beginnings of Geographical Epidemiology », de S. W. B. Newson, Journal of Hospital Infection, 2006, 64.

        L’essentiel des renseignements glanés au sujet des Sœurs de Miséricorde et de leur fondatrice a été trouvé dans le recueil en plusieurs tomes préparé par la communauté, intitulé Positio, qui retrace en détail les débuts de la communauté, de même que dans quelques documents d’archives qui ont été aimablement mis à ma disposition par la coordonnatrice du Centre Rosalie-Cadron-Jetté, Sylvie Bessette, que je tiens à remercier sincèrement.

        Deux articles de Marie-Aimée Cliche m’ont servi pour construire le personnage de Monique Guimon, la servante engrossée par le Dr Louis Cibert : « Filles-mères, familles et sociétés sous le Régime français », Histoire sociale, vol. 21, no 41 ; « Les filles-mères devant les tribunaux de Québec, 1850-1969 », Recherches sociographiques, 1991, vol. 32, no 1.

        Le journal personnel d’Amédée Papineau, Journal d’un fils de la liberté, m’a été précieux pour prendre le pouls de l’air du temps… et des aléas de la température ! Les travaux publics après l’incendie de Montréal de 1852 sont décrits dans Conflagration et réaménagement urbain: le cas de Montréal en 1852, mémoire de maîtrise de Nathalie Lavictoire. Les débuts de la construction de ce spectaculaire ouvrage d’ingénierie qu’est le pont ferroviaire du Grand Tronc sont clairement expliqués dans Le pont Victoria : un lien vital, de Stanley Triggs, Brian Young, Conrad Graham et Gilles Lauzon. Enfin, l’opuscule L’art de péter, de Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut, a été réédité il y a quelques années, au grand plaisir des dévergondés de mon espèce !

 

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