À venir, mai 2014
Les tuques bleues
-1: Le charivari de la liberté-

Déjà paru
Le Pays insoumis
-1: Les chevaliers de la croix-
-2: Rue du Sang-

Les accoucheuses
-1: La fierté -
-2: La révolte -
-3: La déroute -

Autres roman et nouvelles

Gratien Gélinas

Marie Gérin-Lajoie

Études historiques

 

À lire:
ma chronique sur le webzine
www.tolerance.ca

Jasettes archivées

 

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Anne-Marie vous pique une jasette…

Un des nombreux plaisirs que m’offre l’écriture de romans historiques, c’est la possibilité d’exploiter avec créativité les flous dans la chronologie, lesquels deviennent autant d’espaces de liberté pour improviser… toujours, bien entendu, dans le respect de la vraisemblance et de l’authentique. Dès le début de mon épopée patriote, l’envie me démangeait d’écrire une scène recréant la naissance du sacre puisant dans le répertoire religieux.

 

Le moment précis de la naissance des « tabarnak, hostie et câlice » pour remplacer les « tudieu, batèche et bondance » n’est pas connu. Il a fallu un sacré bout de temps avant que ces mots intègrent le vocabulaire écrit, et encore davantage pour qu’ils deviennent source d’intérêt sociologique. Chose certaine, les sacres tournant en ridicule les objets du rituel catholique n’étaient pas usités à l’époque des patriotes. Mais à la manière dont l’évêque de Montréal et une bonne partie des prêtres du district se sont immiscés dans le débat politique, au point de collaborer avec les autorités en place pour étouffer les aspirations démocratiques des Canadiens, il est logique d’y situer le moment de la conception.

 

Donc, j’avais à l’esprit l’idée d’introduire dans la bouche d’un de mes personnages le premier « xxx!!! » de l’histoire du Québec. La chose s’est faite naturellement, en fin de rédaction du Charivari de la liberté, le premier tome des Tuques bleues. Gilbert est attablé à l’auberge en compagnie de deux amis, qui sont de jeunes patriotes ayant réellement existé : Alphonse Gauvin et Rodolphe DesRivières. Ces derniers ne le savent pas, mais c’est grâce à mon héros fictif – un autre espace de liberté que j’ai exploité – qu’ils échappent aux agents de police en train de mettre à exécution, ce 15 novembre 1837 en soirée, des mandats d’arrêt contre des dizaines de tuques bleues.

 

Néanmoins, l’invraisemblable accusation de haute trahison est propagée depuis plusieurs jours par les gazettes ennemies. À la fin du repas, Rodolphe affirme son espoir de voir les patriotes effectuer vraiment l’insurrection que les criailleurs dénoncent sur tous les toits. Il ajoute :

 

       «–Avant que l’administration ait le temps de se reconnaître, cette armée marchera sur Montréal et la prendra. Ensuite, elle fera le siège devant Québec. Savez quoi? Je suis quasiment content de la voir circuler, l’affaire de haute trahison. Parce que j’ai hâte en ciboire de consommer notre victoire… électorale ou autrement!

        Gilbert hausse un sourcil. Quel est ce sacre que Rodolphe vient d’employer? C’est bien la première fois que le jeune instituteur entend un objet de culte servir de juron. Constatant la surprise amusée de son ami, Rodolphe lui adresse un clin d’œil, puis dit :

        –Avoue que c’est percutant. Ça m’est venu toutte seul un beau matin. L’envie de vouer la religion pis son cérémonial aux enfers…

        Sur ce, Rodolphe saute sur ses pieds et s’étire, les bras tendus vers le plafond.

        –La soirée est avancée, z’avez remarqué? Minuit approche…

        Gilbert sursaute.

        –Minuit? Tu me niaises.

        –Juste un brin, ciboire! »

Le 23 mars 2014

La galerie de personnages créés dans Le pays insoumis (vlb éditeur) reprend vie! Anne-Marie Sicotte et Éditions Fides vous offrent Les tuques bleues, second cycle d’une épopée romanesque campée dans le Québec au temps des Rébellions. Le Charivari de la liberté, premier tome des Tuques bleues (parution début mai 2014), entremêle l’intime à la grande histoire et une nation à son avenir. Gilbert, instituteur à Montréal, et sa sœur Vitaline, qui vient de lier son sort à celui d’un marin de Saint-Denis, aspirent à un idéal égalitaire où nul n’est l’esclave d’autrui. Or, la tragédie de la Rue du Sang reste impunie et le pouvoir militaire étend son emprise. Avec opiniâtreté, les députés patriotes à la Chambre d’Assemblée dénoncent les injustices, et les « tuques bleues » les soutiennent en affichant esprit frondeur et ferveur révolutionnaire. Mais une coterie de profiteurs s’impose par la force brute, jusqu’à commettre l’irréparable en 1837

 

En direct du passé

« Ce fut dans la nuit du vendredi 10 novembre que commencèrent surtout nos alarmes. Vers une heure après minuit, sur la nouvelle que le Dr Nelson allait être pris, une quarantaine d’hommes armés se réunit pour s’opposer à son arrestation. Aussitôt qu’on vit de la lumière au presbytère à 5h, un homme vint me demander si je connaissait ce dont il s’agissait; je lui répondis que les conséquences les plus terribles allaient s’ensuivre d’une pareille résistance. Toutes les nuits à deux ou trois exceptions près, jusqu’au 1er du courant que le Dr a fui, il a été gardé de la sorte. Depuis le 11 novembre il ne nous a été possible d’avoir de correspondance avec Montréal que ces jours derniers; et jamais cependant il nous eût été aussi nécessaire que dans cette circonstance critique d’être aidés des lumières et des conseils de nos supérieurs ecclésiastiques. (…) Le mardi 14 vers 1 heure et demie après-midi, la place devant le presbytère était couverte de monde. Au moins 300 hommes remplissaient les salles et le devant du presbytère. De l’escalier de la salle des habitants, on se mit à lire des résolutions. Ma sœur écoutant par la jalousie entend lire que le curé consentirait ainsi que les marguilliers à ce que l’on prît les deniers de la fabrique pour avoir des armes. Elle accourut m’en avertir; j’allai de suite à l’assemblée déclarer que la religion et la conscience défendaient de prendre ces argents pour détruire le gouvernement établi. Il me fut répondu que je devais voir que ce gouvernement allait expirer; que l’évêque était leur ennemi; qu’il n’imitait pas les évêques de la Belgique et de la Pologne, que cet argent n’était pas en sûreté, que les Orangemen allaient venir le leur enlever, qu’il le leur fallait dès ce soir. (…) Je vous prierais de me dire quelle conduite vous croyez qu’un confesseur doit tenir avec ces patriotes révolutionnaires; est-il à propos de les interroger sur leurs opinions et leur conduite politiques? Comment faudrait-il faire pour les révolutionnaires qui mourront en combattant pour empêcher leurs grands hommes d’être pris ou pour repousser les forces qu’on ferait marcher contre eux? »

François-Xavier Demers, curé de Saint-Denis, à Mgr Lartigue, évêque de Montréal, novembre 1837.