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À lire:
ma chronique sur le webzine
www.tolerance.ca
Jasettes archivées
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Anne-Marie
vous pique une jasette…
La valeur du désordre : voilà ce que le
printemps érable 2012 nous aura permis de réapprendre, et voilà donc, à
mon sens, le plus précieux héritage qu’il nous en reste. Un désordre non
point en forme de chaos, mais en forme d’antidote à cet ordre social
auquel les autorités constituées tiennent comme à la prunelle de leurs
yeux. Un désordre festif afin de s’extirper de l’immobilisme ambiant et
d’un conformisme prétendument crucial pour la santé de notre
civilisation. Une joyeuse cacophonie afin de faire la nique à un destin
peu exaltant, celui de faire partie d’un peuple dont la principale
fonction est de consommer des biens usinés.
En ce sens, les patriotes du Bas-Canada
nous offrent une formidable leçon d’histoire. Grâce à eux, j’ai appris
que l’amour du désordre fait partie intrinsèque de la liberté
d’expression. D’ailleurs, la liberté est un bien qu’il importe de
célébrer dignement. Comme toute célébration entraîne nécessairement un
brin de pagaille, la mirifique boucle est bouclée… L’être humain,
prétendaient nos anciens Canadiens, a le droit incontestable de discuter
de n’importe quel sujet, que ce soit en privé ou en public. Il a même
l’obligation morale de s’associer en un groupement, de tenir des
assemblées ou des manifestations, lorsqu’il devient évident que l’impact
du nombre est le seul moyen de percer le château-fort dans lequel se
cachent les dépositaires de l’autorité.
Car il importe de ne jamais l’oublier :
d’innombrables « désordres », ou du moins leur point culminant, sont
sciemment provoqués par une terrifiante surdité, celle des détenteurs du
pouvoir sous toutes ses formes. Certaines causes humanitaires n’ont,
pour les défendre, qu’un seul groupe de pression, celui de la foule
réunie. Ces causes prennent généralement racine dans un sentiment
d’outrage suite à des violences individuelles ou collectives; elles sont
une réaction viscérale à la violation de la dignité d’autrui, à des
injustices palpables. Combien de douloureuses révolutions auraient été
évitées si les gouvernants n’avaient pas manqué du plus élémentaire
respect pour leurs semblables.
Les patriotes du Bas-Canada nous
enseignent aussi une donnée capitale qui a sombré dans l’oubli : nos
gouvernants élus sont censés représenter le peuple qui les a porté au
pouvoir. Ils et elles sont censés défendre nos intérêts. Et se
transformer en révolutionnaires si nécessaire…
Le 22 mai 2013
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En direct du passé
L’exposé ci-dessus démontre qu’à aucune époque, les lois et les
constitutions de la province n’ont été administrées d’une
manière plus contraire aux intérêts du gouvernement de Sa
Majesté et aux droits du peuple de cette province que sous la
présente administration; et démontre la nécessité, de la part de
la Chambre d’Assemblée, de la mise en accusation de Son
Excellence Matthew Whitworth Aylmer, gouverneur de la colonie,
pour avoir dans l’exécution des devoirs de sa charge (en
contravention au désir du parlement impérial et aux directions
qu’il a pu recevoir, à l’honneur et à la dignité de la Couronne,
aux droits et privilèges de cette Chambre et du peuple qu’elle
représente) recomposé le Conseil législatif de manière à
augmenter les dissensions qui déchirent la colonie; mis des
entraves sérieuses aux travaux de cette Chambre, comme grande
enquête du pays; avoir disposé du revenu public de la province
contre le consentement des représentants du peuple, en
contravention à la loi et à la constitution; maintenu des abus
existants, et en avoir fait naître de nouveaux; avoir refusé de
signer un writ d’élection. Cette Chambre attend de l’honneur, du
patriotisme et de la justice du Parlement réformé du
Royaume-Uni, que les Communes dudit parlement porteront des
accusations parlementaires (Impeachments) et les
appuieront devant la Chambre des Lords contre Son Excellence
Matthew Whitworth Aylmer, gouverneur de la colonie, par suite et
à raison de son administration illégale, injuste et
inconstitutionnelle du gouvernement de cette province, et contre
tels des conseillers méchants et pervers qui l’ont guidé, que
cette Chambre pourra ci-après accuser, s’il n’y a pas moyen
d’obtenir justice contre eux dans cette province ou de la part
du gouvernement exécutif de SM d’Angleterre.
Résolution 85 faisant partie de ce qui est devenu
connu comme les 92 Résolutions, adoptées par la Chambre
d’Assemblée du Bas-Canada en février 1834. |
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Parole de patriote
Autrefois, pour gouverner et mettre à l'abri des plaintes de
l'assemblée les bas courtisans ses complices, le tyran Craig
était obligé de se montrer, pour faire peur, comme bien plus
méchant qu'il n'était. Il n'a pas réussi à faire peur. Le peuple
s'est moqué de lui, et des proclamations royales, des mandements
et des sermons déplacés, arrachés par surprise, et fulminés pour
le frapper de terreur.
Aujourd'hui pour gouverner, et mettre les bas courtisans ses
complices à l'abri de la punition que leur ajustement infligée
l'assemblée, le gouverneur Gosford est obligé de se montrer
larmoyant pour faire pitié, et de se donner pour bien meilleur
qu'il n'est en réalité. Il s'est fait humble et caressant pour
tromper. Le miel, sur les lèvres, le fiel dans le cœur, il a
fait plus de mal par ses artifices que ses prédécesseurs n'en
ont fait par leurs violences; néanmoins le mal n'est pas
consommé, et ses artifices sont usés; la publication de ses
instructions qu'il avait mutilées et mésinterprétées, la
publication des rapports, dans lesquels l'on admet que cette
ruse lui était nécessaire pour qu'il pût débuter dans son
administration avec quelque chance de succès, ont fait tomber le
masque.
Il peut acheter quelques traîtres, il ne peut plus tromper des
patriotes. Et comme dans un pays honnête le nombre des lâches
qui sont en vente et à l'encan ne peut pas être considérable,
ils ne sont pas à craindre.
Discours de Louis-Joseph Papineau à
l’assemblée du comté de l’isle de Montréal, le 15 mai 1837, tel
que cité par Guy Frégault et Marcel Trudel, Histoire du
Canada par les textes, Tome 1 (1534-1854), Ottawa, Fides,
1963.
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