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Le Pays insoumis
-1: Les chevaliers de la croix-
-2: Rue du Sang-

Les accoucheuses
-1: La fierté -
-2: La révolte -
-3: La déroute -

Autres roman et nouvelles

Gratien Gélinas

Marie Gérin-Lajoie

Études historiques

 

À lire:
ma chronique sur le webzine
www.tolerance.ca

 

Jasettes archivées

 

 

Anne-Marie vous pique une jasette…

La valeur du désordre : voilà ce que le printemps érable 2012 nous aura permis de réapprendre, et voilà donc, à mon sens, le plus précieux héritage qu’il nous en reste. Un désordre non point en forme de chaos, mais en forme d’antidote à cet ordre social auquel les autorités constituées tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Un désordre festif afin de s’extirper de l’immobilisme ambiant et d’un conformisme prétendument crucial pour la santé de notre civilisation. Une joyeuse cacophonie afin de faire la nique à un destin peu exaltant, celui de faire partie d’un peuple dont la principale fonction est de consommer des biens usinés.

En ce sens, les patriotes du Bas-Canada nous offrent une formidable leçon d’histoire. Grâce à eux, j’ai appris que l’amour du désordre fait partie intrinsèque de la liberté d’expression. D’ailleurs, la liberté est un bien qu’il importe de célébrer dignement. Comme toute célébration entraîne nécessairement un brin de pagaille, la mirifique boucle est bouclée… L’être humain, prétendaient nos anciens Canadiens, a le droit incontestable de discuter de n’importe quel sujet, que ce soit en privé ou en public. Il a même l’obligation morale de s’associer en un groupement, de tenir des assemblées ou des manifestations, lorsqu’il devient évident que l’impact du nombre est le seul moyen de percer le château-fort dans lequel se cachent les dépositaires de l’autorité.

Car il importe de ne jamais l’oublier : d’innombrables « désordres », ou du moins leur point culminant, sont sciemment provoqués par une terrifiante surdité, celle des détenteurs du pouvoir sous toutes ses formes. Certaines causes humanitaires n’ont, pour les défendre, qu’un seul groupe de pression, celui de la foule réunie. Ces causes prennent généralement racine dans un sentiment d’outrage suite à des violences individuelles ou collectives; elles sont une réaction viscérale à la violation de la dignité d’autrui, à des injustices palpables. Combien de douloureuses révolutions auraient été évitées si les gouvernants n’avaient pas manqué du plus élémentaire respect pour leurs semblables.

Les patriotes du Bas-Canada nous enseignent aussi une donnée capitale qui a sombré dans l’oubli : nos gouvernants élus sont censés représenter le peuple qui les a porté au pouvoir. Ils et elles sont censés défendre nos intérêts. Et se transformer en révolutionnaires si nécessaire…

Le 22 mai 2013

 

 

En direct du passé

L’exposé ci-dessus démontre qu’à aucune époque, les lois et les constitutions de la province n’ont été administrées d’une manière plus contraire aux intérêts du gouvernement de Sa Majesté et aux droits du peuple de cette province que sous la présente administration; et démontre la nécessité, de la part de la Chambre d’Assemblée, de la mise en accusation de Son Excellence Matthew Whitworth Aylmer, gouverneur de la colonie, pour avoir dans l’exécution des devoirs de sa charge (en contravention au désir du parlement impérial et aux directions qu’il a pu recevoir, à l’honneur et à la dignité de la Couronne, aux droits et privilèges de cette Chambre et du peuple qu’elle représente) recomposé le Conseil législatif de manière à augmenter les dissensions qui déchirent la colonie; mis des entraves sérieuses aux travaux de cette Chambre, comme grande enquête du pays; avoir disposé du revenu public de la province contre le consentement des représentants du peuple, en contravention à la loi et à la constitution; maintenu des abus existants, et en avoir fait naître de nouveaux; avoir refusé de signer un writ d’élection. Cette Chambre attend de l’honneur, du patriotisme et de la justice du Parlement réformé du Royaume-Uni, que les Communes dudit parlement porteront des accusations parlementaires (Impeachments) et les appuieront devant la Chambre des Lords contre Son Excellence Matthew Whitworth Aylmer, gouverneur de la colonie, par suite et à raison de son administration illégale, injuste et inconstitutionnelle du gouvernement de cette province, et contre tels des conseillers méchants et pervers qui l’ont guidé, que cette Chambre pourra ci-après accuser, s’il n’y a pas moyen d’obtenir justice contre eux dans cette province ou de la part du gouvernement exécutif de SM d’Angleterre.

Résolution 85 faisant partie de ce qui est devenu connu comme les 92 Résolutions, adoptées par la Chambre d’Assemblée du Bas-Canada en février 1834.

 

Parole de patriote

Autrefois, pour gouverner et mettre à l'abri des plaintes de l'assemblée les bas courtisans ses complices, le tyran Craig était obligé de se montrer, pour faire peur, comme bien plus méchant qu'il n'était. Il n'a pas réussi à faire peur. Le peuple s'est moqué de lui, et des proclamations royales, des mandements et des sermons déplacés, arrachés par surprise, et fulminés pour le frapper de terreur.

Aujourd'hui pour gouverner, et mettre les bas courtisans ses complices à l'abri de la punition que leur ajustement infligée l'assemblée, le gouverneur Gosford est obligé de se montrer larmoyant pour faire pitié, et de se donner pour bien meilleur qu'il n'est en réalité. Il s'est fait humble et caressant pour tromper. Le miel, sur les lèvres, le fiel dans le cœur, il a fait plus de mal par ses artifices que ses prédécesseurs n'en ont fait par leurs violences; néanmoins le mal n'est pas consommé, et ses artifices sont usés; la publication de ses instructions qu'il avait mutilées et mésinterprétées, la publication des rapports, dans lesquels l'on admet que cette ruse lui était nécessaire pour qu'il pût débuter dans son administration avec quelque chance de succès, ont fait tomber le masque.

Il peut acheter quelques traîtres, il ne peut plus tromper des patriotes. Et comme dans un pays honnête le nombre des lâches qui sont en vente et à l'encan ne peut pas être considérable, ils ne sont pas à craindre.

Discours de Louis-Joseph Papineau à l’assemblée du comté de l’isle de Montréal, le 15 mai 1837, tel que cité par Guy Frégault et Marcel Trudel, Histoire du Canada par les textes, Tome 1 (1534-1854), Ottawa, Fides, 1963.