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Anne-Marie vous pique une jasette...
Mes recherches sur Catherine Quevillon,
l’arrière-grand-mère de Louis-Joseph Papineau,
m’avaient entraînée vers la Nouvelle-France et
la famille Primot-LeMoyne; dans
Catherine aux cinq maris,
j’ai redonné vie à Paul de Maricourt, l’un de
ces célèbres frères. Depuis, et grâce au mécénat
de Marcel Lussier, amoureux de notre histoire,
j’ai pu plonger de plus belle dans une aventure
qui remet à jour notre compréhension du Canada
d’avant la Conquête britannique. Pierre LeMoyne
d’Iberville est incontestablement une figure
éminente de l’histoire du Québec à l’époque de
la Nouvelle-France. D’emblée, je suis allée à sa
rencontre afin de lui redonner toute sa
magnifique humanité, en le dépouillant de sa
stature de héros qui, trop longtemps, l’a placé
sur un piédestal.
Champion d’une Amérique française menacée par la
puissance de l’empire britannique, d’Iberville a gravi
les échelons en tant qu’officier supérieur dans la
Marine de Louis XIV. Réputé pour sa bravoure dans ses
combats souvent victorieux contre les Anglais, célèbre
aussi en tant que fondateur de la Louisiane, il a
déployé ses talents jusqu’aux confins de l’empire
colonial français. Il était au faîte de sa renommée en
tant que chef d’expédition lorsqu’il s’est vu confier la
mission d’ébranler l’empire rival depuis les Caraïbes
jusqu’à Terre-Neuve, en passant par la
Nouvelle-Angleterre. Lumière est faite sur cette mission
méconnue : en 1705, en pleine guerre de la Succession
d’Espagne, une importante expédition lui est confiée,
qui aboutit à la prise des îles anglaises de Nièves et
de Saint-Christophe, dans les Petites Antilles. C’est sa
plus importante campagne en termes de navires et de
troupes à sa disposition, en termes de rayon d’action
également, mais elle a pourtant reçu très peu
d’attention en comparaison du reste de sa vie.
Là-dessus,
coup de théâtre : d’Iberville perd la vie à Cuba, un
événement autant tragique qu’énigmatique, un mystère que
l’historiographie n’a pas pu élucider. D’autant qu’un
récit, écrit 30 ans après la mort d’Iberville, fait
allusion à un possible empoisonnement…
Canadien issu d’un métissage culturel autochtone et
français, d’Iberville était un militaire fort apprécié à
Versailles en tant que spécialiste de l’Amérique, et il
s’est inséré dans un ballet diplomatique orchestré par
un régime absolutiste dont l’ardeur guerrière était
stimulée par le monde de la haute finance, comme le
prouvent les arcanes de ce qui est devenu l’Armement
d’Iberville. Pierre lui-même était un bien petit rouage
de cette machinerie tentaculaire…
Une exploration libre de personnages célèbres de notre
histoire offre la chance, grâce au corpus documentaire
rassemblé, de renouveler ce qui doit l’être dans le
récit national. Fidèle à moi-même, j’ai tenté de faire
la lumière sur des segments négligés de la population et
sur des faits sociaux laissés dans l’ombre, lesquels ont
pu avoir un impact réel sur ses choix de vie. À ce
sujet, d’importants chantiers attendent les générations
futures : il faut retourner visiter ces figures
célèbres, quelles qu’elles soient, afin qu’elles nous
racontent ce sur quoi des générations d’historiens ont
préféré fermer les yeux. Que l’on fasse connaissance
avec leur entourage, les femmes de leur vie, les gens
ordinaires, leurs concitoyens, qui ont laissé des traces
dans leur existence. Y compris ces esclaves des deux
sexes asservis sur les plantations sucrières et qui
faisaient partie du butin d’Iberville…
Le 27 octobre 2026
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